RUGBYTORIAL COUPE DU MONDE

 

Le bilan

 

N°223

26/10/2011

RETROVISEUR

 

 

Quel jeu et quel plaisir exquis de tracer les bilans, de féliciter, d’éreinter, de revivre et défier le passé ! Y-a-t’il plus inutile mais l’utile est-il toujours la clé de l’intérêt ? Aussi, allons-nous sacrifier à cet exercice mettant au centre du clavier, des pensées et des réflexions feu la Coupe du Monde 2011.

 

Comme à l’habitude, chacun en attendait monts et merveilles, comme une thérapeutique bien huilée vous redonnant goût de tout et plaisir d’un rien. Que reste-t-il sur nos papilles de ces 48 matchs qui envahirent les écrans pendant sept semaines ? La compétition de 2007 avait été un non jeu scandé par des chandelles, des groupés pénétrants jusqu’à plus soif et des pénaltouches désespérantes d’ennui. La cuvée 2011 fut sans nul doute plus enlevée,  sans atteindre toutefois les sommets d’un Everest inaccessible. Trois rencontres titillèrent notre satisfaction, dans un ordre préférentiel : le quart de finale entre le Pays de Galles et l’Irlande, le match de poule entre ces mêmes Irlandais et les Wallabies et la demi-finale entre les All Blacks et les Australiens. Nous y virent du jeu, de la vitesse, certes du combat mais sans insister sur les affrontements frontaux interminables avant d’envoyer la balle aux coureurs d’espace, du mouvement, des mêlées et des touches productives, des essais, du  risque et de l’engagement. Trois sur quarante-huit, me direz-vous, soit 5%, à peine de quoi être remboursé de ses frais de campagne ! Sortirons-nous un jour de ces petits périmètres ? Il faudra probablement en passer par quelques évolutions de règle.

 

Le jeu ne peut toutefois se bonifier sans la participation de grands joueurs, inspirés, puissants mais aussi créatifs. En avons-nous vu lors des joutes de l’autre bout du monde. Notre trio de choix place sur la haute marche du podium le Gallois Jamie Roberts, véritable perforateur des lignes adverses, progressant toujours, puissant et châtiant le concurrent – Nonu constitua un adjoint de haut-vol - ; la médaille d’argent reviendra au pilier gauche All Blacks Woodcock qui tint remarquablement la mêlée néo-zélandaise, fur présent dans le jeu, inscrivit un essai déterminant en finale et réduisit ses adversaires à la portion congrue ; le bronze sera pour le capitaine français Dusautoir, plus pour ses qualités de joueur que de chef ; on retrouva le compétiteur de 2007, plaquant toujours à tour de bras mais sachant aussi animer et participer au jeu. Quelques révélations sont à citer pour le futur : le très talentueux arrière All Blacks Dagg, l’ailier australien O’Connor, le flanker wallaby Pocock, quoique souvent à la faute, le seconde ligne écossais Gray, les troisième ligne gallois Warburton et Faletau et le solide Irlandais O’Brien, sans oublier des valeurs sûres comme le pilier droit français Mas, l’ailier tricolore Clerc, les All Blacks Kaino, Thorn, Smith et Mealamu, les Gallois Adam Jones, Alu-Wyn Jones et Phillips, l’Irlandais Heaslip et l’Australien Ashley-Cooper. Il y eut aussi des flops retentissants remarquables par leur transparence comme le capitaine All Blacks McCaw sauvant les meubles par son charisme et son levée de Coupe, le demi-d’ouverture australien Cooper et son compère de la mêlée Genia, le Gallois N°10 Hook et son ombre Stephen Jones, le Français, encore à l’ouverture, Trinh-Duc, le mal-aimé, les Irlandais d’Arcy et Earls et pour clore la liste l’Argentin Ledesma et son compère Roncero.

 

Le jeu ne peut encore se développer sans d’excellents directeurs de jeu. Qu’avons-nous ressenti lors de cette compétition acharnée ? Le meilleur d’entre eux fut sans nul doute le Sud Africain Joubert par la sûreté de jugement, ses choix judicieux et une cohérence certaine. Certes les Français le déglinguèrent après la finale mais il est des instants où la dignité s’honorerait à remplacer l’invective inutile. Nous fûmes aussi agréablement surpris par la prestation du désormais Australien Walsh qui, après avoir surmonté de vieux démons personnels, s’est reconstruit et nous a offert une prestation de premier ordre. Le troisième sera l’inusable franco-irlandais Alain Rolland qui fut la vedette involontaire d’une demi-finale où certains virent rouge. Sa maîtrise, son expérience et son autorité le placent au-dessus du panier arbitral. Les flops ne manquèrent toutefois pas, le plus évident s’associant au néo-zélandais Lawrence lors du match Afrique du Sud -  Australie, bien « aidé » par le Français Poite. Nous ne fûmes guère impressionné par les prestations de Monsieur Barnes, toujours guetté par l’erreur fatale ou du Gallois Owens dont la seule qualité est une voix stridente pouvant se substituer au sifflet. Les tricolores furent, une fois de plus, les grands absents du champ pour les rencontres les plus délicates, un mal endémique dont un livre entier ne suffirait pas à l’expliquer même si les responsables de l’hexagone estiment que tout va bien dans le meilleur des mondes, mais à la mode Aldous Huxley, donc virtuel. Au-delà d’une satisfaction globale, nous ne pouvons passer sous silence une très mauvaise habitude prise par les arbitres et dont la contagion s’apparente à celle d’un virus non maîtrisé. Notre préoccupation est celle de l’absence totale ou presque de décisions déterminantes lors des cinq à dix dernières minutes de jeu de parties serrées. Plus rien ne bouge, surgit en revanche l’interdiction de faire basculer la partie dans un sens ou dans l’autre au point de croire que le sifflet des impétrants s’est égaré au milieu du gazon quelquefois maudit. Il serait de bon ton que cela cesse.

 

Le jeu ne peut enfin se promouvoir sans un impact médiatique fort et efficace. Nous ne saurions nier la force des images, des micros, des publicités et des incantations. Quant à l’efficacité, que de questions ! La prestation de la chaîne privée propriétaire des droits tous les quatre ans ne fut pas à la hauteur de l’événement : manque de compétence, absence d’analyses pertinentes, souci commercial majeur surpassant le commentaire distancié et séduisant, enfin un tantinet de chauvinisme déplacé. Le très sympathique et spontané Christian Califano paraissait même en comparaison un vrai professionnel, c’est tout dire ! Les Parisiens en studio firent du mieux possible mais Eric Champ, auteur d’une excellente prestation en 2007, exagéra son rôle de boute-en-train et de supporter à la baguette et au béret, Pierre Berbizier a beaucoup de qualités sauf celle d’être un grand communicant et Sébastien Chabal tangue entre son statut de consultant et celui de joueur le reliant à ses potes. Sur une autre chaîne, Fabien Galthié semblait s’ennuyer ferme, nous lassant par la même occasion ; son alter ego Raphaël Ibanez sut nous séduire par ses analyses justes, quelque peu débarrassées de la pesanteur des convenances obligées d’un membre du cocon. Mais, la cerise sur le gâteau fut sans doute l’intervention régulière de Daniel Herrerro vous chantant en deux minutes ce que les autres tentent d’ahaner pendant un quart d’heure. Ce fut un vrai bonheur marqué par une pertinence et une hauteur de vue sans égal. La Presse écrite fut plus exigeante, ce en quoi elle eut raison. Mais, nous ne saurons taire au travers de ce bilan, l’attitude exécrable et inimaginable des tabloids néo-zélandais qui éreintèrent les Français d’une manière honteuse, donnant de ce petit pays vertueux une image désolante et désarmante.

 

Ainsi va notre rétroviseur. Quelles que soient les réserves ou les insatisfactions, cette période centrée sur un ovale devenu le temps de sept semaines presque universel, fut un vrai bonheur, un bain de passion et de chaleur interne et la reconnaissance pour tous ceux sans lesquels nos vibrations seraient exsangues et notre plaisir la représentation exténuante d’un désir non assouvi.

 

Vive le RUGBY.

 

 Pierre-Jean Bourguignon